Braquages : le ras-le-bol des bijoutiers des P.-O. – L’Indépendant

Fin 2012 à Ille-sur-Têt, les braqueurs ont creusé un trou dans le mur mitoyen de la bijouterie et ont attendu leur victime toute la nuit.

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La profession est inquiète. Dans les Pyrénées-Orientales, comme ailleurs en France, les bijoutiers évoquent un ras-le-bol face à l’explosion du nombre d’agressions.  »Un braquage, on sait comment ça commence, mais pas comment ça finit». Alain Pagès, président du Syndicat des bijoutiers des P.-O. sait hélas de quoi il parle. L’homme a été victime d’une agression en 2006 et d’un braquage en décembre 2012 dans son commerce d’Ille-sur-Têt. Une dernière affaire toujours en cours d’instruction sur laquelle le bijoutier préfère rester discret. Il entend en revanche marteler les inquiétudes croissantes de sa profession : «Depuis un an et demi, le nombre de vols et de braquages a explosé, on est très inquiet».

Alain Pagès commente bien sûr le braquage de Nice au cours duquel un bijoutier a tiré sur l’un de ses agresseurs, le touchant mortellement et a été mis en examen pour homicide volontaire. Un millier de personnes a défilé hier dans les rues de Nice pour le soutenir, une faible mobilisation au vu du soutien virtuel obtenu sur Facebook, avec plus d’un million de ‘like’. «On ne peut pas cautionner un homicide volontaire, mais toute la bijouterie française comprend qu’après plusieurs agressions et braquages, une réaction telle peut être comprise, un coup de feu peut partir. Voilà pourquoi tout le monde est derrière ce bijoutier niçois».

Même élan du côté de la délégation locale de la FNAMAC (Fédération nationale artisanale des métiers d’art et de création du bijou), présidée par Henry Marchis, bijoutier au Village catalan : «On comprend son geste, il a été frappé et c’est la deuxième fois qu’on le braque. On peut, dans ces circonstances, avoir une telle réaction, mais tant qu’on ne sait pas précisément ce qui s’est passé, on ne prend pas position». Henry Marchis qui, en décembre 2012, a été victime en trois semaines d’un cambriolage (butin : 13 000 euros) et de deux tentatives de braquage, dit avoir «signé à titre personnel» la pétition de soutien en ligne au bijoutier niçois. Le syndicat présidé par Alain Pagès, et qui regroupe «environ 25 bijoutiers des P.-O.», veut quant à lui se mobiliser : «Des courriers de soutien sont en cours, on est en train de bouger pour aider ce bijoutier et faire bouger les politiques pour qu’ils légifèrent».

Au nom de sa profession, Alain Pagès «veut des peines de justice plus sévères pour les braquages avec armes, car dans ces braquages-là tout peut arriver. Très souvent les bijoutiers frôlent la mort et restent traumatisés». Il souhaite aussi davantage de caméras de vidéosurveillance «dans les rues et les lieux sensibles. Beaucoup de communes du département n’en sont pas équipées et c’est dommage». Henry Marchis pointe lui «l’Etat (qui) ne respecte pas la Constitution : il ne défend pas les biens et les personnes. La justice ne fait pas respecter les lois. Nous, bijoutiers, on n’est pas protégés et on doit assumer le surcoût de notre protection sans aide contrairement aux bureaux de tabac alors qu’on est aussi une profession très visée ! On vit avec la crainte tous les jours».

Source: http://www.lindependant.fr/2013/09/17/braquages-le-ras-le-bol-des-bijoutiers-du-departement,1790576.php